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Stela's Reviews > L'Écume des jours

L'Écume des jours by Boris Vian
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it was amazing
bookshelves: re-read, dystopia-utopia
Read 2 times. Last read April 25, 2013 to May 1, 2013.

Tous les deux ou trois ans, il faut absolument que je relise L’écume des jours. Tous les deux ou trois ans, ce livre me hante.

D’où cette inlassable fascination ? Dans une charmante trouvaille, Jacques Bens la pointe dans le « langage-univers ». C’est beau, comme formule, mais incomplet, parce qu’il s’agit d’un langage ET d’un univers, non d’un univers des mots, comme dans la poésie. Les deux s’appuient et s’entrelacent en restant quand même distincts, singuliers, chacun avec sa beauté tragique, étrange, éthérique.

Beauté étourdissante d’un langage presque familier, dont l’auteur remodèle au fur et à mesure soit la forme soit la signification : des mots un peu déformés (chuiche, sacristoche), des mots-valise (pianocktail, frigiploque), de nouveaux verbes (blocnoter), des proverbes et des expressions presque connus (On n’a pas gardé les barrières ensemble; se retirer dans un coing, Suppôt de Satin), mais aussi des images paradoxales (un crucifix « auquel il manquait la croix »), des variations sur le même thème (Le Paradoxe sur le Déguelis, Le Vomi, Le Remugle, l’Encyclopédie de la Nausée, échantillons de vomi empaillé), des truismes (« On sera quand même en retard si on n’arrive pas »), des épithètes inattendues (gants de porc dépossédé, souliers de gavial consistant), des explications pseudo-scientifiques comiques («évanouissements dus à l’exaltation intra-utérine »), ou tout simplement des images d’une absurde hilarité, comme celles des livres en tirage limité sur tue-mouches ou sur papier hygiénique floral et reliés en mi-moufette, ou en peau de néant, ou en peau de velours.

Beauté encore plus bizarre d’un monde presque le nôtre, d’une candeur cruelle comme celle des enfants, qui survole la surface des choses, un monde insouciant et superficiel, qui semble s’intéresser seulement au dessein de l’écume, non à la profondeur de l’océan. Dans ce monde, les semelles quittent sans merci les chaussures qui doivent être arrosées d’engrais pour que la cuir repousse, les robes sont ornées de grillages de fer forgé, les culottes des "pédérastes d'honneur" ont des braguettes en arrière, la pauvreté rend malades les choses familières, la maladie même est un nénuphar, les armes poussent à l’aide de la chaleur humaine, l’assistance sociale se fait connaître en égorgeant les enfants dans la vitrine et même Dieu a « un œil au beurre noir et l’air pas content ».

La chose la plus étonnante dans cet univers reste pourtant l’apparente indifférence envers la mort. La mort est au « coing » de la rue depuis le début, mais personne n’y prête attention : Colin est l'auteur insouciant d'un accident avec beaucoup de victimes au patinoire et faillit mourir lui aussi, à son mariage le chef d’orchestre se meurt accidentellement et le seul souci des autres est de camoufler le bruit qu’il fait en tombant, un vendeur implore d'être assommé parce qu’il a demandé trop d'argent pour sa marchandise, Alise tue Jean Sol Partre avec un arrache-cœur, etc. La mort, même par meurtre, est un événement sans conséquences en dehors de la famille et des amis, jamais contrôlée ou sanctionnée par un État qui fonctionne seulement pour la collection des impôts et pour la croissance des armes. La mort s’est installée confortablement au monde que la Deuxième Guerre vient de mutiler, monde immunisé jusqu’� l’indifférence contre n’importe quelle horreur, en pleine confusion des valeurs et rejection des idéals.

Dans ce monde renversé, où l’intelligence est méprisée, où la mort est aussi banale qu’un éternuement, où la cruauté est une forme de beauté, ni même l’amour, ni même l’amitié, ni même le sacrifice ne constitue une salvation.

De ce monde-ci est sorti ce dialogue inquiétant et hermétique, ce regard à jamais plongé dans l’abîme :

� Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l’obscurcir.
� Pourquoi ? demanda plus bas le directeur.
� Parce que la lumière me gêne, dit Colin.


Comme toujours, obsédée par l’image sibyllinique des onze filles aveugles prêtes à piétiner sur la queue du chat, je quitte ce monde ineffable avec un sentiment indéfini de tristesse et d’émerveillement. Et avec la promesse qu’en deux ou trois ans�
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Boris Vian
“Je ne veux pas gagner ma vie, je l'ai.”
Boris Vian, L'Écume des jours


Reading Progress

Finished Reading (Other Paperback Edition)
November 6, 2009 – Shelved (Other Paperback Edition)
November 4, 2011 – Shelved as: favorites (Other Paperback Edition)
September 28, 2012 – Shelved as: dystopia-utopia (Other Paperback Edition)
April 25, 2013 – Started Reading
April 25, 2013 – Shelved
April 26, 2013 –
page 61
33.15%
April 30, 2013 –
page 150
81.52%
May 1, 2013 – Shelved as: re-read
May 1, 2013 – Finished Reading
June 11, 2013 – Shelved as: surrealism (Other Paperback Edition)
December 20, 2023 – Shelved as: dystopia-utopia
February 2, 2024 – Shelved as: re-read (Other Paperback Edition)

Comments Showing 1-16 of 16 (16 new)

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ΑνναΦ Libro strano e affascinante, pieno i giochi di parole e di doppi sensi, una favola straziante, l'ho letto troppo in fretta, meriterebbe una rilettura.


Stela Già. Io l'ho letto per la prima volta a 20 anni, in rumeno e mi è piaciuto talmente che l'ho cercato dappertutto (un'amica mia me l'aveva dato in prestito, ma allora in Romania non si trovava più niente). Venendo qui ho comprato la versione francese (due volte, perché avevo dimenticato di averlo già fatto :))) - che ho letto ripetutamente. Se lo trovi in lingua originale la lettura sarà ancora più soddisfacente, ci sono parti che nemmeno il migliore traduttore non può tradurre fedelmente!


ΑνναΦ Penso anch' io che in originale sarebbe tutt'altro. In rete non dovrebbe esser difficile trovare l'ebook, ci proveró, intanto lo rileggo in italiano! :)


Stela Se non lo trovi, dimmelo e ti mando il mio doppio :)


ΑνναΦ Trovato! E'stato facilissimo su Pitbook! ;) Ma grazie mille sei molto cara :)


Stela Super - devo vedere anch'io ce que c'est, ce Pitbook :)


ΑνναΦ Hehe, sono una piratessa in gamba! Anche livrespourtous non è male. :-)


Stela Grazie, grazie - ho trovato j'irai cracher sur vos tombes, gratis (perché non sono in Europa - ahahah) su livrespourtous! Non conoscevo questo site, io utilizzavo piuttosto Gutenberg Project


ΑνναΦ E io ci ho trovato turra la Recherche. Ora l'mpresa sarà leggerla in lingua, temo di perdermi in qui periodi infiniti, ma in fonda, sarà un bel perdersi! ;)


Stela E Proust sarà soddisfato - è quello che voleva - perderci nel narrativo :))))


Stela Qualche sito italiano di libri?


message 12: by Arwen56 (new)

Arwen56


Stela Grazie, sweetie!


message 14: by Arwen56 (new)

Arwen56 Stela wrote: "Grazie, sweetie!"

De nada, darling. I "classici" italiani ce li trovi tutti. :-)


ΑνναΦ Ti mandò in pvt un superstito, ora sono un po' al volo sullo smartphone ;)


Stela Lada wrote: "le clair-obscur d-un univers a la frontiere d-un reve et de l- hallucinationet la realite effrayante. Desespoir sauve par les mots, jeux de mots. Bravo pour l-Ecume des jours. La meilleure. Poetique"

Merci, Lada, pour tous tes commentaires. Il est toujours merveilleux de trouver des personnes qui aiment les mêmes livres!


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